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Media Mensonge Michel Collon Essayiste

Pour les articles homonymes, voir Collon.

Michel Collon est un journaliste et essayistebelge.

Membre du Parti du travail de Belgique, il commença sa carrière au journal de ce parti, l'hebdomadaire Solidaire, avant de créer le collectif indépendant Investig’Action, relayé par un site Internet qu'il gère avec une équipe de bénévoles.

Spécialisé dans l'analyse de la « désinformation médiatique »[1],[2], il développe dans plusieurs de ses livres le concept de « médiamensonge » ou mensonge relayé par les médias transformés, d'après lui, en organes de propagande pour faire basculer l'opinion et « justifier l'entrée en guerre d'un pays contre un autre »[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Michel Collon a milité jusqu'en 1977 à l'Union des communistes (marxistes-léninistes) de Belgique (UC(ml)B) avant de rejoindre le Parti du travail de Belgique (PTB) nouvellement créé[4].

Il a travaillé à l'hebdomadaire Solidaire, journal officiel du PTB[5],[6], dont il fut, un temps, membre du Comité central et où il reste une des principales références dans les formations dispensées[7].

Il a poursuivi son travail de journaliste de manière indépendante à travers livres, films, un site Internet (Investig'Action) qu'il gère avec une équipe de bénévoles, et une lettre d'information hebdomadaire.

Dans l'ouvrage collectif Médias et censure : figures de l'orthodoxie, publié par Les Éditions de l'université de Liège, il figure sous le libellé « journaliste et analyste des médias en temps de guerre et de conditionnement géo-politique et militaire »[8].

Selon la journaliste franco-syrienne Hala Kodmani, il se présente sur son site comme un « spécialiste de la désinformation »[2].

Il est membre du Conseil consultatif de la chaîne de télévision vénézuélienne Tele Sur. Il est chroniqueur pour la chaîne de télévision russe RT[9], chaîne critiquée pour sa propagande pro-russe et qualifiée de « conspirationniste »[10],[11],[12].

Engagements[modifier | modifier le code]

Michel Collon s'est élevé contre l'intervention de l'OTAN durant la guerre du Kosovo en 1999[13],[14].

Il a organisé des déploiements d'« observateurs civils » en Yougoslavie et en Irak (en 2002)[15].

Il a participé à la conférence "anti-impérialiste" Axis for Peace, organisée en 2005 par Thierry Meyssan du Réseau Voltaire[16]. Rudy Reichstadt, de Conspiracy Watch, qualifie la liste des participants de « who’s who des auteurs conspirationnistes les plus en vue de l’époque[17]. »

Il a dénoncé l'utilisation d'une photo qui laissait croire que des soldats chinois s'étaient déguisés en moines bouddhistes et avaient provoqué les émeutes du printemps 2008 au Tibet[18],[19]. Cet usage avait été dénoncé dès le 1er avril sur le site Tibet-info par Jean-Paul Ribes, lui-même abusé quelques heures le 30 mars[20]. Selon le Los Angeles Times, cette photo provient du tournage à Lhassa en 2001-2002 du film Le Talisman de Peter Pau[21].

En 2008, il a déclaré qu'Israël est « l’État le plus raciste au monde »[22]. L'année suivante, il fait partie des signataires d'un appel lancé par l'ancienne secrétaire générale du PTB, Nadine Rosa-Rosso, et adressé à tous les candidats au Parlement européen demandant « le retrait immédiat et inconditionnel du Hamas de la liste européenne des organisations terroristes[23] ».

En novembre 2011, à la suite de pressions de syndicalistes se réclamant de l'antifascisme[24], la CGT refuse à Michel Collon l'accès à la Bourse du travail de Paris. Celui-ci répond à cette attaque[25] mais aussi l'universitaire Annie Lacroix-Riz, laquelle dénonce l’atteinte portée à la liberté d’expression du journaliste belge[26].

En 2012, il se rend en Libye[27]. Lors de ce voyage, il poste une vidéo dans laquelle il accuse Nicolas Sarkozy d'avoir tué des enfants[28] dans le cadre de l'intervention militaire française dans le pays.

Lors d'une conférence organisée à Roubaix par le « Front uni des immigrations et des quartiers populaires », proche de Saïd Bouamama, et consacrée à l'attentat contre Charlie Hebdo, il affirme, d'après un article de Nord Éclair, que « les frères Kouachi ont en réalité été formés et armés par Fabius et consorts pour aller faire la guerre à un gouvernement qui dérangeait les multinationales des États-Unis et d’ailleurs »[N 1]. Le journaliste conclut que Collon « verse dans une thèse paranoïaque de complot médiatique, économique et géopolitique[29] ».

Documentaires[modifier | modifier le code]

Réalisation[modifier | modifier le code]

2002 : Les Damnés du Kosovo, Michel Collon et Vanessa Stojilkovicdu (78 minutes). Film documentaire sur la guerre menée par l’Otan en Yougoslavie.

Production[modifier | modifier le code]

2006 : Bruxelles–Caracas, Vanessa Stojilkovicdu (78 minutes). Film documentaire en noir et blanc sur l’expérience du Venezuela.

Médiamensonges[modifier | modifier le code]

Le concept de « médiamensonge » a été créé par le journaliste Gérard de Sélys dans le dossier Médiamensonges[30], paru en 1991. Y sont décortiquées des techniques de manipulation idéologique mises en pratique dans les médias. Le même thème est abordé par l'historienne Anne Morelli dans Principes élémentaires de propagande de guerre, publié en 2010.

Le concept a été repris dans plusieurs de ses ouvrages par Michel Collon[31],[32], qui l'applique à ce qu'il dénonce comme une propagande servant à justifier l'entrée en guerre d'un pays aux yeux de son opinion publique. Plus précisément, il identifie, en particulier dans Libye, Otan et médiamensonges, publié en 2011, cinq principes qui seraient systématiquement utilisés :

  1. occulter le contexte historique ou géographique nécessaire à la compréhension des enjeux, afin d'imposer une version biaisée ou tronquée (ainsi, le conflit en Irlande serait présenté comme une guerre de religion et non comme une guerre coloniale britannique) ;
  2. Occulter les intérêts économiques des grosses multinationales et des gouvernements sous une présentation noble et désintéressée (arrêter une menace terroriste, imposer la paix, etc. : ainsi, la nationalisation du pétrole vénézuélien et sa soustraction de facto aux appétits des multinationales occidentales seraient les véritables motivations de l'opposition politique occidentale envers Chavez) ;
  3. diaboliser l'adversaire pour faire peur aux gens et court-circuiter leur réflexion (la diabolisation qui a suivi le 11 septembre 2001 en serait un exemple) ;
  4. attaquer le dirigeant et non son peuple (parfois même, pour défendre celui-ci contre son dirigeant, comme Saddam Hussein en Irak) ;
  5. monopoliser l'information et éviter tout véritable débat, les médias devant être contrôlés pour ne pas laisser les autres points de vue s'exprimer.

Interrogé par une journaliste de L'Obs, Gérard de Sélys évoque une « récupération excessive » par Collon du concept qu'il a créé. Il ne souscrit pas à l'idée d'un grand complot rassemblant médias et gouvernements et ajoute au sujet de Collon : « Il l’utilise n’importe quand, n’importe comment. Il en a fait son mot fétiche. Il l’utilise à toutes les sauces. C’est comme quelqu’un qui ressortirait trop souvent la même blague[33]. »

Critiques[modifier | modifier le code]

Guerre du Golfe[modifier | modifier le code]

Analysant l'ouvrage de Collon intitulé Attention, médias ! Médiamensonges du Golfe - Manuel Anti-manipulation consacré au traitement médiatique de la guerre du Golfe, le journaliste Baudouin Loos explique que l'auteur « utilise avec un aplomb stupéfiant les mêmes procédés grossiers – amalgames, omissions, etc. – qu'il reproche aux médias » et constate qu'il ne sélectionne parmi les articles que ceux susceptibles de corroborer sa thèse en oubliant tout le reste et le taxe au passage de « mauvaise foi[34] ».

Ex-Yougoslavie[modifier | modifier le code]

Commentant le livre Poker menteur. Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres (1998), l'écrivain Louis Dalmas trouve qu'« il remet une gauche – désorientée par les obsessions de ses porte-parole – dans le droit chemin », en lui rappelant que « ses cibles essentielles » sont « non pas le nationalisme serbe mais l'hégémonie du grand capital », appuyé sur l'impérialisme américain, et « les avancées de l'obscurantisme religieux » dans le monde[35].

À propos de l'obus de mortier qui, le , tua 68 personnes au marché de Sarajevo et provoqua l'ultimatum de l'OTAN aux Serbes de Bosnie, Michel Collon pose, selon l'écrivain Michèle Savary, certaines questions pertinentes, notamment sur le fait que ce jour-là les détecteurs de bombardements de l'ONU n'enregistrèrent aucun tir serbe. De fait, l'obus ne provenait pas des zones contrôlées par les Serbes comme devait le reconnaître dans ses mémoires l'envoyé spécial européen en Bosnie, David Owen[36].

OTAN[modifier | modifier le code]

Amené à traiter d'un ouvrage de Michel Collon – Monopoly. L’Otan à la conquête du monde, EPO, Bruxelles, 2000 –, Henri Maler, membre fondateur d'Acrimed, écrit ceci : « Son démontage de la propagande de l’OTAN et des déformations, voire des falsifications, de l’information véhiculées par la majeure partie de la presse est éloquent. Mais à trop accumuler de silences derrière tant de dénonciations, la critique de Michel Collon perd vite la crédibilité qu’elle a cru gagner à grand renfort de précisions, notamment quand elle ne trouve à reprocher à Milosevic que d’avoir – pour préserver les acquis du socialisme ? – cédé à la tentation d’un nationalisme un tantinet criminel[37]. »

Syrie[modifier | modifier le code]

Dans un article du journal Le Monde daté du 6 juin 2012 sur le conflit syrien, le journaliste Christophe Ayad voit dans Michel Collon, « militant belge de la gauche radicale », un des membres de « la galaxie hétéroclite des soutiens au régime de Bachar Al-Assad » qui « va de l'extrême gauche à l'extrême droite ». Christophe Ayad considère que les positions de Michel Collon « rejoignent celles de Thierry Meyssan, fondateur du Réseau Voltaire et auteur de L'Effroyable Imposture »[13].

En raison d'un article du journaliste Jean-Paul Marthoz qui, sans le nommer explicitement, semblait bel et bien le viser, ainsi que son collectif, pour leur prétendue « proximité avec un régime assassin », Michel Collon est amené, en avril 2012, à rédiger une lettre ouverte au quotidien Le Soir, dénonçant les lacunes de l'article : « […] pas de citation correcte, pas de sources, pas de confrontation des points de vue et une déformation systématique de la position réelle en vue de nuire[38] ».

Autres critiques[modifier | modifier le code]

Les sociologues Marc Jacquemain et Jérôme Jamin expliquent que l’élément central des travaux de Michel Collon est basé sur une mise en cause généralisée des analyses produites par les médias et les organismes gouvernementaux qui sont systématiquement décrits comme manipulateurs. Les médias « mainstream » et leurs journalistes ne seraient en définitive que la voix des pouvoirs économiques, financiers ou politiques. Jacquemain et Jamin rapportent les propos de Collon selon lesquels « Les médias ne sont pas une sorte de “quatrième pouvoir” qui permettrait de prendre ses distances par rapport aux autres. Ils sont partie intégrante de ces pouvoirs. On comprend pourquoi il n’est pas question qu’ils aident les citoyens à faire preuve d’esprit critique envers ces multinationales qui les financent et les dirigent. […]. Les médias ne sont pas le grain de sable dans la machine. Ils sont au contraire l’huile qui permet de faire tourner sans à-coups le moteur de l’économie et de la guerre. Si on disait à la télévision : “La pauvreté, elle est voulue, les riches l’organisent pour vous forcer à accepter n’importe quel salaire”, si on disait “Les pauvres paient les guerres des riches, afin que ceux-ci puissent encore mieux les appauvrir”, bien évidemment, ça serait la révolution le lendemain[39] ». Selon les deux auteurs, cette démarche permet à Collon de prouver que, contrairement à la masse des citoyens ordinaires, il a tout compris et de se poser en « vrai héros de la résistance moderne aux dominations de toutes sortes[40] ».

Jacquemain et Jamin considèrent en outre que la démarche de Collon relève de la théorie du complot, et est extrêmement réductrice en ce sens qu’elle réduit la marche du monde à un « système basé sur trois lois fondamentales extrêmement simples : (1) la toute-puissance des multinationales sur tous les autres acteurs politiques, économiques et financiers ; (2) la nécessité pour ces dernières de piller les richesses des peuples et (3) la nécessité de provoquer des guerres pour permettre ce pillage », le tout étant soumis à « la volonté, et à la seule volonté, de quelques barons de la finance ou de l’industrie ». Dans ce raisonnement Collon passe sous silence le fait que les interactions entre les multiples agents économiques, sociaux et politiques influent également sur l’histoire[41]. Ils relèvent que cette approche est caractéristique des théoriciens du complot qui inversent la méthode scientifique : plutôt que de mettre la théorie à l’épreuve, ils affirment être dépositaires de la vérité et se soucient alors de rassembler les éléments qui confortent cette vérité [42].

En mars 2012, la journaliste Caroline Fourest le qualifie de « roi des complotistes belges »[43] et renouvelle ce type de critique dans le documentaire Les obsédés du complot, diffusé sur France 5 en février 2013[44]. Cette diffusion à une heure de grande écoute fait réagir d'une part Michel Collon qui dénonce les rumeurs et calomnies répandues par Caroline Fourest[45], d'autre part, ses collaborateurs, notamment Jean Bricmont, lequel demande à Fourest quel est le degré de naïveté dont il faut faire preuve à l'égard du discours du pouvoir pour ne pas être qualifié de « conspirationniste »[46].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Attention, médias ! Médiamensonges du Golfe - Manuel Anti-manipulation, EPO, Bruxelles, 1992 (ISBN 978-2-87262-087-6)
  • Poker menteur, Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres, EPO, Bruxelles, 1998 (ISBN 2-87262-114-8) (traduit en anglais sous le titre Liar's poker: the great powers, Yugoslavia and the wars of the future,International Action Center, New York, 2002)
  • Monopoly, L'Otan à la conquête du monde, EPO, Bruxelles, 2000 (ISBN 2-87262-171-7)
  • L'Empire en guerre (ouvrage collectif), Le temps des cerises, Paris, 2001 (ISBN 2-84109-331-X)
  • « Le droit à l'information est un combat. Médiamensonges et propagande de guerre », in Médias et Censure: figures de l'orthodoxie (ouvrage collectif, ss la dir. de Pascal Durand), Les Éditions de l'Université de Liège, 2004, (ISBN 2-930322-70-5), 243 p., pp. 153-164[47]
  • Bush, le cyclone, Les lois économiques qui mènent à la guerre, la pauvreté et d'autres crimes, Oser dire, 2005 (ISBN 2-919937-04-9)
  • Les 7 Péchés d'Hugo Chavez, Investig'Action/Éditions Couleur livres, Bruxelles/Charleroi, 2009 (ISBN 2-87003-530-6)
  • Israël, parlons-en ! (ouvrage collectif sous sa direction), Investig'Action/Éditions Couleur livres, Bruxelles/Charleroi, 2010 (ISBN 978-2-87003-549-8)
  • La stratégie du chaos : impérialisme et islam, (en collaboration avec Mohamed Hassan, Grégoire Lalieu), Éditions Couleur Livres asbl, 2011, (ISBN 2870035721 et 9782870035726)
  • Libye, Otan et médiamensonges - Manuel de contre-propagande[48], ouvrage collectif écrit avec Jean Bricmont, Cédric Rutter et Simon de Beer, Investig'Action/Éditions Couleur livres, Bruxelles/Charleroi, 2011 (ISBN 978-2-87003-588-7)
  • Je suis ou je ne suis pas Charlie ?, Investig'Action, Bruxelles/Charleroi, 2015 (ISBN 978-2-9308-2701-8)
  • Le Monde selon Trump, Michel Collon et Grégoire Lalieu, Investig'Action, Bruxelles, 2017 (ISBN 978-2-930827-08-7)
  • (en)Media lies and the conquest of Kosovo: NATO's prototype for the wars of globalization, Unwritten History, Inc., New York, 2007

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Reportage avec Carlos Fittoria : Sous les bombes de l'Otan, 45 min, Bruxelles, 1999
  • Avec Vanessa Stojilkovic : Les Damnés du Kosovo ; documentaire, 78 min, Bruxelles, 2002
  • Avec Vanessa Stojilkovic : Bruxelles - Caracas ; documentaire, 78 min, Bruxelles, 2007

Conférences[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. ↑Le site Investig'action publie un article en réponse aux propos qui lui sont attribués par le journaliste de Nord éclair. Si l'on se réfère à la vidéo de la conférence mise en ligne sur le site de Michel Collon, il a déclaré : « Les frères Kouachi ont l'air de tomber du ciel. En réalité, ils ont été armés, formés militairement, endoctrinés, par M. Fabius et ses amis… qui ont envoyé pendant trois ans des milliers, des dizaines de milliers de frères Kouachi faire encore pire qu'à Charlie en Syrie et en Libye. […] Les frères Kouachi ont été formés par nos gouvernements, avec vos taxes entre parenthèses, pour aller faire la guerre contre un gouvernement qui dérangeait les multinationales des États-Unis, de France et d'ailleurs. »

Références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Notices d'autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Bibliothèque nationale d’Espagne • Bibliothèque nationale de Catalogne • WorldCat
  • Site officiel
  • Compte rendu, par Danielle Carassik, de Attention médias ! Les médiamensonges du Golfe. Manuel anti-manipulation, Bruxelles, Éditions EPO, 1992, 278 p., dans Mots, 1993, vol. 37, No 37, p. 115-118
  1. ↑Olivier Mukuna, Égalité zéro: enquête sur le procès médiatique de Dieudonné, Blanche, 2005, 236 p., p. 75 : « Sur son site, le journaliste belge Michel Collon, spécialisé en manipulation et désinformation médiatique, produit une synthèse qui ne trouve aucun écho auprès des médias [...]. »
  2. a et bHala Kodmani, Des réseaux français au service de la Syrie, Libération du 9 février 2012 : « le Belge Michel Collon, comme il se présente lui-même sur son blog. »
  3. ↑Guillaume Cazeaux, Odyssée 2.0 : la démocratie dans la civilisation numérique, Armand Colin, 2014 , 320 p., n. p. : « la thématique des « médiamensonges », popularisée par le journaliste belge Michel Collon (très actif sur le web avec son site Investig'Action), selon laquelle chaque guerre est précédée de mensonges relayés par les médias – transformés alors en organes de propagande – dans le but de faire basculer l'opinion, et auxquels il convient donc d'être très vigilants ; la paix du monde peut en dépendre. »
  4. ↑Pascal Delwit, PTB : Nouvelle gauche, vieille recette, Éditions Luc Pire, 2014, (ISBN 978-2-8754-2095-4), 384 pages (livre numérique) : « [...] Eric Pollet, Jean Pestieau, Maria McGangan et Michel Ciollon tiendront jusqu'en 1977 avant de constater l'échec de l'UC(ml)B. Ils rejoindront alors le nouveau PTB. [...]. Jean Pestieau, Marie McGangan et Michel Collon sont aujourd'hui les trois derniers membres du PTB à avoir milité initialement à l'Union des communistes (marxistes-léninistes) de Belgique ».
  5. ↑Interview : Le journaliste Michel Collon sur les évènements de Gaza - Julien Versteegh, PVDA, 9 janvier 2009 : « Spécialiste des médias et des conflits, il a longtemps travaillé pour le Solidaire. »
  6. ↑(en)The Middle East Abstracts and Index Part 1, Library Information and Research Service, 2001, p. 316 : « Michel Collon, correspondent of Solidaire, the weekly newspaper of the Workers' Party of Belgium. »
  7. ↑Pascal Delwit, PTB : Nouvelle gauche, vieille recette, Éditions Luc Pire, 2014, (ISBN 978-2-8754-2095-4), 384 pages (livre numérique) : « Membre du Comité central du PTB, Michel Collon avait refusé de céder un héritage au parti, ce qui a provoqué son départ du CC. Toujours actif au PTB, il est une des principales références dans les formations dispensées par le parti. »
  8. ↑Présentation des auteurs, in Médias et Censure: figures de l'orthodoxie, ouvrage collectif ss la dir. de Pascal Durand), Les Éditions de l'Université de Liège, 2004, pp. 241-242.
  9. ↑Russia Today : allo Paris, ici MoscouLibération, 8 avril 2016 « Michel Collon, un ancien militant communiste belge désormais aux commandes d’'Investig’Action, un site qui pourfend les médiamensonges et les manipulations »
  10. ↑La chaîne Russia Today, porte-voix des intérêts russes, Le Monde, 14 mars 2014.
  11. ↑Rudy Reichstadt, « Russia Today, la chaîne conspirationniste du Kremlin », sur Conspiracy Watch / Observatoire du conspirationnisme(consulté le 20 juin 2016)
  12. ↑Jérôme Lefilliâtre Russia Today et Sputnik, les voix de MoscouLibération, 16 décembre 2016
  13. a et bChristophe AyadLe petit monde composite des soutiens au régime syrien, Le Monde, 6 juin 2012 (reproduit sur le site Conspiracy Watch).
  14. ↑Annie Lacroix-Riz, Sur l'affaire Collon, sur le site du FSC, 21 novembre 2011 : « Je rappelle que ce journaliste, de gauche, vraiment à gauche, a été tabassé par la police belge en 1999 alors qu’il manifestait contre le bombardement de la Yougoslavie (et tabassé au point qu’on l’a cru mort). »
  15. ↑Julien Versteegh, op. cit. : « Avec Stop USA!, il a […] a organisé une délégation de 120 « inspecteurs de la paix » de 17 pays en Irak en avril 2002. »
  16. ↑Le colloque pour la paix dans le monde, les 17 et 18 novembre 2005, sur le site axisforpeace.net (page « Les participants »).
  17. ↑Rudy Reichstadt, « Conspirationnisme : Un état des lieux - Note n° 11 », Fondation Jean-Jaurès, Observatoire des radicalités politiques, 24 février 2015, [lire en ligne].
  18. ↑Critique notamment publiée dans Le Quotidien du peuple du 3 avril 2008 : « Enquête sur une photo manipulée ».
  19. ↑Voir aussi sur son site internet, 3 avril 2008.
  20. ↑Comité de soutien au peuple tibétain, « Une photo à ne pas diffuser », 1er avril 2008 : « Malgré nos vérifications, nous avons nous-mêmes été abusés quelques heures le 30 mars ».
  21. ↑(en)Photo of Chinese forces with monks' robes proves illusory, Los Angeles Times, 30 avril 2008.
  22. ↑Dans l'émission Ce soir ou jamais du 3 décembre 2008 sur France 3 : « Israël, qui est l’État le plus raciste au monde, qui a chassé les Palestiniens de leurs terres, qui viole toutes les résolutions des Nations unies. »
  23. ↑Claude Demelenne, Un "parti iranien" en Belgique ?, La Libre Belgique, 22 avril 2009.
  24. ↑Collectif Missak et Mélinée, Michel Collon chassé de la bourse du travail : Ce n'est qu'un début !, missaketmelinee.wordpress.com, 19 février 2012.
  25. ↑Michel Collon interdit de conférence à la bourse du travail de Paris 9 novembre 2011.
  26. ↑Annie Lacroix-Riz, Sur l'affaire Collon, frontsyndical-classe.org, 21 novembre 2011.
  27. ↑Selon le journal Le Monde, ce voyage s'est déroulé « à l'invitation du régime ».
  28. ↑[vidéo]« Sarkozy, combien d’enfants as-tu tués cette nuit ? »
  29. ↑Julian Gilman, « Roubaix : Charlie, prétexte à développer la théorie du complot », Nord Éclair, 28 mai 2015.
  30. ↑Bernard Cassan, compte rendu de Médiamensonges (Gérard de Selys (dir.)), in Le Monde diplomatique, février 1991.
  31. Sélection d'ouvrages, dont Attention, médias ! Médiamensonges du Golfe, Le Monde, février 2003.
  32. ↑Serge Halimi, compte rendu de Poker Menteur de Michel Collon, in Le Monde diplomatique, juillet 1998.
  33. ↑Marion David, « J’ai discuté avec le père des « médiamensonges » », sur L'Obs, (consulté le 22 avril 2016)
  34. ↑Baudouin Loos, Livres : la guerre du golfe en question, Le Soir, 11 août 1992.
  35. ↑Louis Dalmas, La pensée asphyxiée, L'âge d'homme, 1999, 238 p., pp. 183-184.
  36. ↑Michèle Savary, La Serbie aux outrages, L'âge d'homme, 2001, 167 p., pp. 93-94.
  37. ↑Henri Maler, Des fleurs moralisantes au bout du fusil, Acrimed, 1er juin 2000 (version initiale d’un article paru dans Le Monde diplomatique).
  38. ↑Lettre ouverte au journal Le Soir - Michel Collon, Investig'Action, 20 avril 2012.
  39. ↑Marc Jacquemain et Jérôme Jamin, L’histoire que nous faisons - Contre les théories de la manipulation, Éditions du Centre d’Action Laïque, Bruxelles, 2008, pp. 33-34.
  40. ↑Marc Jacquemain et Jérôme Jamin, op. cit., p. 35
  41. ↑Marc Jacquemain et Jérôme Jamin, op. cit., pp. 41-43.
  42. ↑Marc Jacquemain et Jérôme Jamin, op. cit., p. 40.
  43. ↑Caroline Fourest, Les "Y'a bon Awards" déshonorent l'antiracisme, le blog de Caroline Fourest, 20 mars 2012.
  44. ↑Caroline Fourest, Les réseaux de l'extrême, telerama.fr, 2 février 2013.
  45. ↑Michel Collon, Pourquoi Caroline Fourest attaque-t-elle Michel Collon ?, michelcollon.info, 5 février 2013.
  46. ↑Jean Bricmont, Ma réaction suite au « documentaire » de Caroline Fourest, michelcollon.info, 6 février 2013.
  47. ↑Voir sur presses.ulg.ac.be.
  48. ↑Voir sur michelcollon.info.

Dès qu’on critique les dirigeants des Etats-Unis, de l’UE ou d’Israël, certains agitent un épouvantail : « Vous êtes complotiste ! ». Sous-entendu : vous voyez le mal partout, mais ces dirigeants sont des démocrates, certes ils peuvent commettre des erreurs, mais ils agissent avec de bonnes intentions

Voilà, en gros, nous serions forcés de choisir entre :

  • La théorie du complot : tout est manigancé dans l’ombre, on nous cache tout, les maîtres du monde sont (au choix) : les juifs, les banquiers, les francs-maçons, les Illuminati, etc.
  • La théorie de la naïveté : nos dirigeants occidentaux travaillent pour le bien commun. Ils nous disent ce qu’ils font et ils font ce qu’ils disent.

Ni l’une, ni l’autre, merci ! Nous revendiquons une troisième façon d’expliquer le fonctionnement de la société, et elle n’a rien à voir avec ces deux fantasmes. Pour clarifier tout ça nous devrons répondre à quatre questions :

  1. Les complots, ça existe ou pas ?
  2. Le complotisme permet-il de comprendre le monde ?
  3. Pourquoi certains parlent-ils tant de « théorie du complot » ?
  4. Les médias font-ils le jeu du complotisme ?
  1. Les complots, ça existe ou pas ?

Partons de la définition. Une synthèse des dictionnaires peut se résumer ainsi: « projet secret élaboré par plusieurs personnes contre une autre ou contre une institution ». Sur base de ces divers éléments, vérifions ensemble :

  • Quand la CIA et le MI 6 britannique organisent en 1953 un plan secret avec des troubles et une campagne de diffamation pour renverser le premier ministre Mossadegh en Iran, et le remplacer par le Chah d’Iran, soumis aux USA[1], est-ce un complot ? Oui, il n’y a pas d’autre mot.
  • Quand Henry Kissinger et la CIA organisent en 1973 un plan secret pour renverser le président progressiste Allende[2] et le remplacer par la dictature militaire néo-libérale du général Pinochet, est-ce un complot ? Oui.
  • Quand Brzezinski, conseiller du président Carter, organise secrètement l’envoi en 1979 de Ben Laden et autres terroristes en Afghanistan pour renverser le gouvernement de gauche (il le reconnaîtra vingt ans plus tard[3]), est-ce un complot ? Oui.
  • Quand, en 2003, le ministre de la Guerre US Donald Rumsfeld prévient ses proches, mais pas l’opinion, que les Etats-Unis « vont prendre sept pays Afghanistan, Irak, Somalie, Soudan, Libye, Syrie pour finir par l’Iran »[4]plan qui sera effectivement mis en oeuvre, est-ce un complot ? Oui.
  • Quand Bush et Blair fabriquent en 2003 de faux rapports[5] affirmant que l’Irak possède des armes de destruction massive et cela pour justifier leur guerre du pétrole, est-ce un complot ? Oui.

Nous ne discuterons pas ici la question de savoir si chaque guerre est vendue avec de tels médiamensonges (cachant à l’opinion les véritables objectifs). Nous voulons juste souligner que les complots font bel et bien partie de la politique internationale, particulièrement en ce qui concerne les guerres et les coups d’Etat.

Les complots sont-ils toujours de droite ? Non. Si on se base sur la définition du dictionnaire, quand Castro et Che Guevara organisent à partir de 1955 – en secret évidemment – une insurrection pour renverser la dictature militaire pro-US qui opprime Cuba, est-ce un complot ? Oui. Progressiste cette fois : en faveur du peuple. Au contraire des complots tramés par des élites pour leurs intérêts égoïstes. Bref, il existe des complots de droite et des complots de gauche.

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  1. Le complotisme permet-il de comprendre le monde ?

Ma réponse a toujours été très claire : Non ! Je l’ai écrit noir sur blanc dans mon livre Israël, parlons-en ! « Le conflit Israël – Palestine n’est pas une guerre de religion. Ce n’est pas non plus un complot juif. (…) La réalité est bien plus simple. La réalité derrière Israël, c’est tout simplement notre système économique et social. Le capitalisme, de par ses lois économiques « naturelles », provoque inévitablement une grande accumulation de richesses à un pôle, et de pauvreté à un autre pôle. Depuis sa formation jusqu’à aujourd’hui, le capitalisme a créé des fortunes de plus en plus grandes et de plus en plus puissantes. Ces gens entendent contrôler les matières premières et le pétrole est la plus stratégique. Pour le contrôler, ils soutiennent les dictatures pétrolières arabes et Israël. Ce n’est pas un mystérieux « complot », c’est juste une question de logique économique. »[6]

Je l’ai répété dans mon livre sur Charlie : « La seule façon de dépasser le faux problème du complot consiste à débattre objectivement sur les faits : en confrontant les deux versions, en ne croyant personne sur parole et en vérifiant tout sur base des meilleures sources selon les possibilités : témoins directs, témoins indirects fiables, documents, rapports et communiqués. Tout cela des deux côtés bien sûr. »[7]

Mais qui a développé ce concept de « complotisme » ? C’est l’historien US Richard Hofstadter. Dans son ouvrage The Paranoid Style in American Politics  (1964), il étudia l’idéologie de l’extrême droite US et notamment la chasse aux sorcières du maccarthysme (1950 – 1956)[8]. Cette campagne de répression anticommuniste d’extrême droite avait été orchestrée par le sénateur Joseph McCarthy. Il prétendait que les Etats-Unis étaient gravement menacés par un complot : « Des hommes haut placés dans ce gouvernement travaillent de concert pour nous livrer à la catastrophe ? Ceci doit être le produit d’une grande conspiration, une conspiration si ignominieuse que, lorsqu’elle sera mise à jour, ses principaux protagonistes seront à jamais voués aux gémonies par les honnêtes gens. »[9] Au fond, McCarthy reprenait le thème obsessionnel d’Hitler : une grande conspiration mondiale judéo-maçonnico-bolchévique menaçant l’Allemagne.

Le travail d’Hofstadter mérite notre attention. Car il fournit une grille très précise pour analyser les composantes de l’esprit complotiste qu’il appelle « paranoïaque ».  Selon Hofstadter, le porte-parole paranoïaque nous entraîne dans un univers où politique et théologie « expliquent » des événements qui en réalité ont été prophétisés et se préparent depuis plusieurs générations. La « grande conspiration » est tramée par des forces maléfiques aux pouvoirs gigantesques et quasi surnaturels ; cette machination envahit tous les pouvoirs : politiques, éducatifs, médiatiques, religieux, et donc aussi l’Etat. C’est même pour cela qu’on n’en parle pas : le silence a été bien organisé, ce qui confirme l’emprise des comploteurs. Dans cet univers, le genre humain verra très bientôt le « bien » triompher du « mal ». Il s’agit donc de se ranger du bon côté.

Dans les périodes de crise et de désarroi idéologique, on assiste toujours à une recrudescence de la croyance aux complots. Et actuellement nous sommes bien dans une telle période pour diverses raisons :

  • la crise économique, politique et morale du système social
  • la perception sensible des dangers qu’il apporte (environnement, guerres)
  • la perte de crédibilité des médias officiels
  • l’effondrement des partis de gauche en Europe
  • la disparition donc du cadre d’analyse objectif en termes d’intérêts des classes sociales

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Le complotisme ne permet pas de comprendre l’économie

En matière économique, le complotisme est particulièrement à côté de la plaque. Certes, les complots existent. Quand les principales banques du monde s’entendent pour manipuler les taux de change de devises et accumuler ainsi des bénéfices extra, et qu’elles sont condamnées à 1,7 milliards d’amendes par l’UE [10], de quoi s’agit-il, sinon d’un complot ? De même, quand des multinationales s’arrangent entre elles, secrètement, pour fixer des prix trop bas aux matières premières qu’elles achètent ou des prix trop élevés aux produits qu’elles vendent, n’est-ce pas un complot ? Et quand une juge de New York, Denise Cote, condamne Apple pour avoir orchestré une entente avec de grands éditeurs aux Etats-Unis pour augmenter les prix des livres électroniques (« Les plaignants ont démontré qu’Apple avait conspiré pour relever les prix »), elle applique une définition juridique correcte.

Mais généraliser et prétendre que l’économie est complètement manipulée par un grand complot, que par exemple la crise économique a été délibérément provoquée par les banques pour augmenter leurs profits ou pour détruire les classes moyennes, là on entre dans le fantasme, car cela ne correspond pas aux faits observés.

En réalité, dès sa naissance quasiment, le système capitaliste n’a cessé d’être accompagné de crises à intervalles plus ou moins réguliers. Pourquoi ? Parce que ce système est basé sur trois lois économiques fondamentales :

  1. La propriété privée des grandes usines et autres entreprises (les forces de production).
  2. La concurrence entre ces patrons.
  3. Le profit maximum comme moyen fondamental de vaincre ses concurrents.

Ensemble ces trois lois produisent un engrenage qui s’impose de manière automatique : chaque grand capitaliste doit absolument exploiter au maximum ceux qui travaillent pour lui. C’est-à-dire les faire produire le plus possible, les payer le moins possible, et même parfois licencier le plus possible en intensifiant le travail de ceux qui restent. Et ce n’est pas une question de sentiments : les capitalistes agissent ainsi non parce qu’ils sont « méchants » mais parce que s’ils ne le font pas, ils seront éliminés ou avalés par les concurrents. Chacun pour soi et tous contre tous.

Problème : quand un capitaliste réalise de telles économies, ses rivaux font évidemment pareil. Résultat : tous appauvrissent ceux qui travaillent pour eux. Dès lors à qui vont-ils vendre puisqu’ils ont détruit le pouvoir d’achat de leurs acheteurs ?

On pourrait se dire : mais les capitalistes s’étant enrichis, ils vont dépenser davantage et quand même faire tourner l’économie ? Non. En augmentant la part des profits au détriment des salaires, ils se donnent les moyens d’augmenter leur capital et leurs forces de production. Mais le pouvoir de consommation ne peut pas suivre puisqu’il a été réduit. Et ce déséquilibre fondamental revient sans cesse dans le système capitaliste. Il n’y a pas de planification veillant à l’équilibre entre les investissements et les salaires.

En conséquence, à un moment donné, il y a trop de produits sur le marché par rapport aux revenus qui peuvent être employés à les acheter. C’est la « surproduction », le blocage. Les uns sont capables de produire de plus en plus, mais les autres ne peuvent acheter tout ça. Ne pouvant plus vendre assez, les capitalistes arrêtent partiellement la production et donc leur accumulation de richesses.

Conclusion. Cela ne provient pas du complot de quelques-uns. C’est un effet automatique des trois lois du capitalisme et, contrairement à certains récits complotistes, les capitalistes n’en sont pas heureux car cela met en danger leurs profits, et parfois même l’existence de certains d’entre eux.

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Sont-ils tout puissants ?

Une variante du complotisme prétend que l’économie serait dirigée de façon occulte par un petit groupe de gens mystérieux qui tirent les ficelles clandestinement. La réalité est bien plus simple : environ deux cent grandes multinationales dominent tous les secteurs clés de l’économie. Et ça n’a rien de clandestin, elles ont toutes un siège social et une adresse, des dirigeants et des actionnaires connus. Avec des revenus et des propriétés identifiés, des trains de vie luxueux. Tout cela généralement discret, oui, mais secret, non. Les « maîtres du monde » sont donc bien connus. Et c’est important, car on peut donc décider qui il faut combattre si on veut défendre l’intérêt collectif contre les intérêts égoïstes.

Alors, qu’est-ce qui freine ou empêche ce combat ? Plusieurs causes que nous verrons. Mais d’abord le fait que les médias présentent l’économie de façon déformée en ne donnant la parole qu’aux experts procapitalistes. On en vient à présenter les lois économiques du capitalisme comme « naturelles et inévitables » en martelant qu’il n’y a pas d’alternative. On tue l’espoir.

Mais revenons au complotisme. En réalité, cette vision d’une économie qui serait dirigée par des comploteurs tout puissants est fausse et dangereuse. Fausse parce qu’en réalité personne ne peut contrôler l’ensemble de l’économie. Certes, d’un côté, les capitalistes s’entendent entre eux pour défendre leurs intérêts face aux travailleurs et aux populations. Et aussi pour défendre leurs intérêts contre ceux des autres pays. En ce sens, ce sont clairement eux qui dominent une économie qui n’est pas du tout démocratique. Mais, de l’autre côté, ils se font aussi concurrence entre eux et cela affaiblit l’ensemble de leur système. Comme Albert Einstein l’avait très bien analysé en 1949 : « L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon avis, la source réelle du mal. Nous voyons devant nous une immense société de producteurs dont les membres cherchent sans cesse à se priver mutuellement du fruit de leur travail collectif — non pas par la force, mais, en somme, conformément aux règles légalement établies. L’aiguillon du profit en conjonction avec la compétition entre les capitalistes est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capital qui amène des dépressions économiques de plus en plus graves. La compétition illimitée conduit à un gaspillage considérable de travail et à la mutilation de la conscience sociale des individus. » [11] Bon diagnostic avec les trois éléments : propriété, profit maximum, compétition.

De ce diagnostic (où Einstein rejoint Marx en fait) nous pouvons tirer deux conclusions. 1. Sur le rapport entre les banquiers et les industriels. 2. Sur les rapports au sein même de la classe capitaliste en général.

  1. Ne pas exagérer l’importance de la banque. Certes, historiquement, les banquiers ont joué un rôle important dans la première accumulation du capital qui a permis la révolution industrielle et la formation des grands monopoles. Et ils restent un rouage important du système économique actuel. Mais l’idée qu’eux et la spéculation seraient seuls responsables de la crise et des maux du capitalisme n’est pas scientifique, elle ne reflète pas les lois réelles de son fonctionnement.

En réalité, les multinationales industrielles sont la base du capitalisme, leur exploitation est la cause fondamentale de la crise, et ce sont elles, en dernière instance, qui provoquent les guerres. Einstein montre bien qu’en supposant que les banques n’existeraient pas, eh bien, même dans ce cas, les industriels provoqueraient des crises, conséquences des règles que nous avons décrites. Dès lors, centrer toute l’attention, par exemple, sur Goldman Sachs et ses complots (réels ou imaginaires), c’est nier le problème d’ensemble de ce système capitaliste. C’est faire croire qu’en le guérissant de sa « maladie banquière ou spéculative » il serait capable de mettre fin à l’exploitation et d’assurer le bien-être à tous. Illusion réfutée par les faits : jamais l’humanité n’a produit autant de richesses, jamais il n’y a eu autant d’hommes mourant de faim.

  1. Bien mesurer les contradictions entre capitalistes. On parle souvent des rencontres du groupe Bilderberg comme étant le pouvoir absolu et totalement secret de notre société. D’un côté, il est exact que cet organe où se concertent les plus grandes multinationales a davantage de pouvoir que les gouvernements et peut leur dicter les grandes orientations. De l’autre côté, le fait que les principaux capitalistes se concertent entre eux et tentent de s’entendre sur certaines questions ne supprime pas la concurrence acharnée que ces grandes multinationales se mènent également entre elles et qui les affaiblit.

Quand les principales banques US se voient infliger des amendes colossales, comme indiqué plus haut, et que Goldman Sachs écope de cinq milliards de dollars, il est difficile de croire que tout cela fait partie du grand complot tramé par Goldman Sachs qui serait le maître absolu du monde. Il faut rester sérieux. Cette amende est l’effet concret des contradictions entre les banques et les autres capitalistes, ceux-ci estimant que les banques leur ont fait du tort, voire ont mis l’ensemble du système en danger et qu’il faut donc faire la police.

La Première Guerre mondiale est bien la preuve que si les capitalistes peuvent en effet s’entendre sur certaines questions d’intérêt commun, ils peuvent aussi avoir entre eux des conflits totalement destructeurs et pas du tout planifiés. Certes, au départ, chaque camp souhaitait la guerre, espérant la gagner vite et pas cher. Cependant personne n’avait prévu qu’elle durerait aussi longtemps et que certaines puissances en sortiraient très affaiblies, voire détruites. L’Allemagne, récemment montée en puissance, exigeait : 1. L’Alsace-Lorraine, c’est-à-dire le charbon et l’acier. 2. Les Balkans comme voie stratégique vers l’Orient et le pétrole. 3. Les colonies africaines enfin dont elle estimait « ne pas avoir eu sa part ». La Grande-Bretagne et la France poursuivaient leurs propres objectifs impérialistes. L’idée que ces puissances auraient comploté ensemble est absurde[12].

Pour conclure sur ce point, un « complot global » est impossible car les capitalistes sont en concurrence entre eux. Ils peuvent s’entendre sur un ou plusieurs complots quand leurs intérêts convergent sur un point, dans une région ou pour abattre un dirigeant. Mais ils ne peuvent pas s’entendre sur un « complot global » car leurs intérêts divergent et que chacun veut abattre l’autre.

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Analyse complotiste ou analyse stratégique ?

Fausse donc, cette vision du « capitalisme complot tout puissant » est dangereuse. Car elle donne l’impression que l’Histoire est faite non par la lutte entre les diverses classes et forces sociales dont chacune défend ses intérêts mais par une poignée de gens tout-puissants. Et donc cette vision décourage la résistance des victimes de ce système. Elle donne l’impression que les travailleurs et citoyens n’ont aucune chance de marquer des points. Or, toute l’histoire de la lutte ouvrière et citoyenne montre qu’il est tout à fait possible de se défendre et d’obtenir des progrès sociaux : interdiction du travail des enfants, limitation de la journée de travail (jusqu’à quinze heures/jour au 19ème siècle !), obtention de la Sécurité sociale (assurances contre le chômage, la maladie, l’accident de travail, la vieillesse), respect de l’hygiène et de la sécurité au travail. Toutes ces avancées ont été obtenues par des luttes ouvrières. Si les travailleurs européens d’aujourd’hui ont un certain niveau de vie, c’est grâce aux luttes de leurs parents et grands-parents, il ne faut jamais l’oublier. Surtout que les capitalistes veulent à présent reprendre tout ce qu’ils ont dû concéder.

Pour défendre ces conquêtes et pour obtenir de nouveaux progrès, il faut donc ne pas se laisser intimider par une prétendue toute puissance, occulte ou non, des patrons, mais au contraire les voir tels qu’ils sont : avec leurs forces mais aussi leurs faiblesses. On doit, sans nier les difficultés, avoir confiance en ses propres forces. Le complotisme est une forme de défaitisme et au fond il fait le jeu des patrons et de l’exploitation.

Saïd Bouamama a bien expliqué l’opposition complète entre les deux modes de pensée : « La théorie du complot présente les événements politiquement signifiants comme le résultat d’une conspiration globale orchestrée en secret par un groupe social plus ou moins important. L’approche stratégique c’est-à-dire matérialiste analyse l’histoire comme le résultat de la lutte entre les groupes dominés (classes, minorités nationale et/ou ethniques, nations, femmes, etc.) et les groupes dominants basée sur une divergence d’intérêt matériel. » [13]

La différence est essentielle : l’analyse matérialiste (au sens d’une approche scientifique basée sur les faits matériels, observables et prouvables) montre comment il est possible de lutter en profitant des points faibles de l’adversaire. Tandis que le complotisme mène dans une impasse en ciblant de faux ennemis, généralement inatteignables.

Le complotisme ne permet pas de comprendre les guerres

En matière de guerre, il y a bel et bien des complots, on l’a vu. Mais là aussi il serait dangereux de croire que les grandes puissances réussissent tous les complots qu’elles préparent. Le complot réussit quand il y a dépolitisation et absence de mobilisation.  Il échoue quand la résistance des « victimes » est consciente et bien organisée. Les Etats-Unis ont été vaincus au Vietnam, le peuple palestinien résiste depuis plus de soixante ans, les Etats-Unis ont certes plongé l’Irak dans le chaos mais ils n’ont pas réussi à contrôler et exploiter ce pays comme Bush l’espérait, des coups d’Etat ont échoué en Bolivie, en Equateur, au Venezuela. Bref, le monde est une lutte entre des forces opposées, ce ne sont pas toujours les mêmes qui gagnent et beaucoup dépend de l’unité et de la conscience des populations. Leurs agressions et complots peuvent donc être mis en échec si la population a été bien préparée à résister. Ce qui commence par une bonne information sur la réalité des choses.

Et pour bien s’informer, il faut rompre consciemment et entièrement avec les deux fantasmes : le complotisme et la naïveté. Car nous nous trouvons face à deux dangers : voir des complots partout et voir des complots nulle part. La première théorie nous propose une explication bidon qui ne permet pas de comprendre la société, ni de la transformer. En cachant les vraies cibles, elle fait le jeu du pouvoir. La seconde théorie veut nous pousser à faire confiance aux dirigeants politiques qui nous diraient la vérité. Toutes deux sont des pièges parallèles.

Voir des complots partout ? Au lieu d’étudier soigneusement les mécanismes du capitalisme, le complotisme est une explication paresseuse que certains veulent imposer aux masses pour les empêcher de réfléchir et pour les manipuler. Souvent en vue de s’emparer du pouvoir. Hitler parlait du « grand complot judéo-bolchévique » et au début il tonnait, en paroles, contre les banques, mais il était payé par les grands banquiers et industriels allemands et toute son action les a servis [14].

Voir des complots nulle part ? Ceux qui ne voient de complots « nulle part » devraient alors à nous expliquer à quoi servent les services secrets ! Les vingt mille employés de la CIA sont-ils payés pour jouer aux mots croisés ou pour comploter ? C’est le moment de citer cette plaisanterie fort en vogue en Amérique latine : « Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de coup d’Etat aux Etats-Unis ? » Réponse : « Parce que c’est le seul pays où il n’y pas d’ambassade des Etats-Unis ! ».

Et quand la NSA espionne le monde entier, vous croyez que c’est juste contre le terrorisme ou pour aider secrètement les entreprises US à affaiblir leurs rivales étrangères ? La théorie de la naïveté, franchement, ne vaut pas mieux que la théorie du complot !

Finalement, comment arriver à une vision objective de l’Histoire et des conflits actuels? A mon sens, il faut dire qu’il y a eu des complots dans l’Histoire, assez bien même (pensons aux nombreux coups pour remplacer un dirigeant par un autre), mais qu’ils ne font pas l’Histoire, ils n’en constituent pas l’essence. Ils ne sont qu’un moyen parmi d’autres pour défendre des intérêts.

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  1. Pourquoi certains parlent-ils tant de « théorie du complot » ?

Alors, si je dénonce clairement le complotisme, pourquoi certains m’accusent-ils quand même d’être un « complotiste » ? Et suis-je le seul ?

En fait, pas du tout, dès que quelqu’un critique la politique internationale des Etats-Unis, de la France ou d’Israël, en montrant son caractère global, il se voit accusé de « théorie du complot ».

Voici une petite liste (très incomplète) des « diabolisés » : Ziegler, Chavez, Castro, Le Grand Soir, Lordon, Ruffin, Kempf, Carles, Gresh, Bricmont, Bourdieu, Morin, Mermet, Boniface, Enderlin, Cassen, Siné, Bové, Péan, Godard, Jean Ferrat, Seymour Hersh, Wikileaks, et même des analystes juifs : Hessel, Chomsky, Finkelstein.

En fait, c’est très pratique. Vous n’avez pas d’arguments à opposer aux faits avancés ? Alors, traitez simplement vos adversaires de « complotistes », et le tour est joué : plus besoin d’argumenter sur les faits, plus besoin de réfuter les preuves ! La « théorie du complot », c’est le truc de l’avocat qui sait que son dossier est pourri.

J’en ai eu personnellement la preuve quand j’ai débattu avec Henri Guaino (auteur des discours de Sarkozy). J’exposais concrètement les crimes de ses amis des multinationales françaises au Mali et au Niger. N’ayant rien à répondre, tout ce qu’il a trouvé à sortir, c’est « théorie du complot » ! [15]

Nous avons vu que « théorie du complot » était au départ un concept progressiste développé par Hofstadter pour rendre compte des délires et fantasmes de la pensée d’extrême droite. Malheureusement, selon une méthode assez typique, il fut ensuite récupéré et manipulé par la CIA à partir de 1963. Il s’agissait alors de discréditer ceux qui demandaient une véritable enquête sur l’assassinat du président Kennedy : par un homme seul ou bien par une conspiration ? Et depuis lors, « théorie du complot » est constamment utilisé par les responsables des Etats-Unis pour discréditer les critiques et refuser de débattre sur les faits. Car le meilleur moyen de manipuler, de diviser et de battre les progressistes, c’est d’utiliser et détourner leurs propres arguments, tant les idées conservatrices sont en soi inconsistantes.

Si ça se limitait à cela, ce ne serait pas un si grand problème. Mais ces dernières années a été relancée dans les médias et sur Internet une campagne systématique contre certains analystes arbitrairement étiquetés « complotistes ». A partir de quand ? A partir du massacre de Gaza, en janvier 2009, quand Israël se retrouva de plus en plus critiqué et isolé dans l’opinion publique internationale.

Cette campagne ne tombe pas du ciel. Enfin un peu quand même : disons, du sommet de l’Etat. Aux USA, le site officiel du Département d’Etat brode pas mal sur le thème « complotisme et antisémitisme ». De même, en France, après Sarkozy, le président Hollande a exploité le filon devant le lobby pro-Israël du CRIF :

« L’antisémitisme a changé de visage. (…) aujourd’hui, il se nourrit aussi de la haine d’Israël. Il importe ici les conflits du Moyen Orient. Il établit de façon obscure la culpabilité des juifs dans le malheur des peuples. Il entretient les théories du complot qui se diffusent sans limite. Celles même qui ont conduit au pire.Nous devons prendre conscience que les thèses complotistes prennent leur diffusion par internet et les réseaux sociaux. Or nous devons nous souvenir que c’est d’abord par le verbe que s’est préparée l’exterminationNous devons agir au niveau européen et même international pour qu’un cadre juridique puisse être défini et que les plateformes internet qui gèrent les réseaux sociaux soient mises devant leurs responsabilités, et que des sanctions soient prononcées en cas de manquements. »[16]

Confondant avec mauvaise foi l’antisémitisme (racisme anti-juifs) et l’antisionisme (refus du colonialisme israélien, c’est-à-dire d’un Etat théocratique reposant sur une discrimination ethnique, bref un Etat complètement antidémocratique), le président Hollande criminalise ceux qui sont solidaires des Palestiniens. Il les assimile carrément aux nazis et cherche en fait à nous interdire de parler contre la politique d’Israël. La thèse « théorie du complot » prépare donc une très grave attaque contre la liberté d’expression.

Toujours proche de l’Elysée, Bernard-Henri Lévy emboîte évidemment le pas en accusant « cette maladie moderne qui s’appelle le complotisme »[17] et en organisant un « débat » en 2012 contre « le conspirationnisme ». Comme le fit remarquer un spectateur, aucun contradicteur ne fut invité. Cet homme qui jouit d’une énorme fortune, accumulée sur le dos de travailleurs africains du bois, mal payés, mal soignés et carrément volés par sa société familiale, se permet de donner au monde entier des leçons de dignité humaine et de rigueur de pensée.

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Des lobbyistes manipulant les textes

Alors est-ce un hasard si les politiques fuient tout débat contradictoire et s’ils sont remplacés par quelques pseudo-journalistes proches d’Israël et des néo-cons US ? Dans ce lobby d’un nouveau genre, on retrouve Caroline Fourest, Rudy Reichstadt et Ornella Guyet. Tous trois ont coopéré avec des think tanks de droite radicale, US ou français[18].

Faut-il alors s’étonner que Caroline Fourest me traite de « complotiste », Rudy Reichstadt de « conspirationniste » et Ornella Guyet (souvent cachée sous divers pseudos antifascistes) de « confusionniste » ? Tiens, pourquoi a-t-elle sorti ce curieux concept ? Parce qu’elle se rendait compte que les autres accusations ne tenaient pas debout ? Pour faire preuve d’originalité ? L’explication est peut-être plus simple : personne ne comprend ce terme qui ne veut rien dire, et dès lors comment voulez-vous réfuter un concept aussi… confus ? C’est pratique.

Les manipulations et les sources d’extrême droite de ce trio ont été exposées très clairement par divers critiques : Fourest ici[19], Reichstadt et son site Conspiracy Watch ici[20] et Guyet, démasquée par Le Grand Soir, Acrimed et Le Monde Diplomatique, ici[21]. Ces obsédés de la théorie du complot ont en commun deux caractéristiques :

Première caractéristique : la manipulation des textes. Ils ne cherchent pas la vérité mais cachent ou déforment systématiquement mes textes qui gênent leurs thèses. Ou alors ils me prêtent des amitiés avec des gens que je ne soutiens pas (et parfois même ne connais pas !), espérant ainsi salir en amalgamant. Tout ceci n’a rien à voir avec le journalisme dont ils se réclament, ce sont en fait des procureurs acharnés qui enquêtent toujours à charge et écartent tout ce qui contredit leurs accusations. Ce ne sont pas des journalistes, mais des lobbyistes.

Ils se comportent ainsi avec toutes leurs « cibles ». D’une façon si malhonnête que Pascal Boniface leur a consacré un livre : « Les intellectuels faussaires ». Comme l’a indiqué François Ruffin (mensuel Fakir, également diabolisé), les diaboliseurs appliquent une recette malhonnête : « D’abord caricaturer à l’extrême de façon à donner une image simpliste de l’adversaire. Puis conclure, du soi-disant « simplisme » de ces « néo-gauchistes » à leur prétendue adoption généralisée de la théorie du complot. »[22].

Deuxième caractéristique : la lâcheté. Les diaboliseurs refusent soigneusement de débattre avec ceux qu’ils diabolisent. Voilà qui est surprenant : ils se désolent qu’un large public sombre dans le complotisme en étant influencé et manipulé par des gens comme moi. Mais chaque fois que je leur ai proposé un débat contradictoire et publié sur mon site Investig’Action, ce qui leur aurait donné une chance extraordinaire de faire revenir au bercail toutes ces brebis égarées, ils ont lâchement refusé. Pourquoi ? La seule explication est qu’ils savent qu’ils mentent, ils savent que leurs arguments reposent sur des falsifications de textes.

Le débat sur le complotisme est un faux débat agité pour faire diversion. La vérité est beaucoup plus simple : dans les luttes sociales comme dans les luttes Nord – Sud, dominants et dominés élaborent des stratégies pour l’emporter, c’est tout à fait normal. Ces stratégies comportent des combats idéologiques, des affrontements ouverts et aussi des complots. Tout ne se ramène pas aux complots mais ils font partie de la stratégie de lutte. En accusant de « complotisme », on veut décourager de dénoncer les stratégies néocoloniales et guerrières.

Reste une question : pourquoi dépenser tant d’énergie à diaboliser ? Faire changer d’avis ceux qui me lisent ? Impossible : ils savent que j’ai écrit exactement le contraire de ce qu’ils m’attribuent. Mais alors quel est le véritable objectif des diaboliseurs ? Il s’agit de faire peur à ceux qui ne me connaissent pas. Il s’agit de dresser un mur entre les gens qui se posent des questions sans avoir les moyens d’y répondre et nous qui apportons des réponses avec des faits concrets. Il s’agit de rabattre les hésitants vers la version officielle. Ridiculiser les citoyens qui mettent en doute la version officielle, marteler que le pouvoir est honnête malgré ses défauts et qu’il ne faut ne pas se poser de questions : à qui cela profite-t-il ?

Pour le comprendre, il ne faut pas se limiter à parcourir telle ou attaque circulant en boucle sur le Net mais il faut absolument regarder l’ensemble de ce que ces gens ont écrit. Afin de comprendre dans quel camp ils se rangent et où ils veulent nous embarquer.

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Caroline Fourest : une complotiste ?

Prenons le cas de Fourest. Parmi les médias qui la citent complaisamment comme « experte du complotisme », lequel ira creuser un peu et signaler l’article qu’elle a publié dans le Wall Street Journal (journal patronal des Etats-Unis)article intitulé « La Guerre pour l’Eurabie »[23] ? Selon Fourest, l’Europe serait en train d’être envahie par les Arabes. Manipulés par l’islamisme, ces immigrants incapables de s’intégrer représenteraient une menace pour la démocratie. Au point que Londres serait devenue « Londonistan ».

Cette thèse délirante, elle l’a recopiée directement de trois idéologues d’extrême droite. L’un s’appelle Norman Podhoretz, c’est un auteur US qui a constamment mené campagne pour bombarder l’Iran : « principal foyer de l’idéologie islamo-fasciste contre laquelle nous nous battons depuis le 11 septembre »[24]. Une autre source est Daniel Pipes, autre idéologue US d’extrême droite, auteur de La Menace de l’Islam, s’est notamment signalé en soutenant le xénophobe hollandais Geert Wilders.

Mais la créatrice originelle du terme Eurabia, c’est  Bat Ye’or, essayiste britannique porte-parole du lobby pro-Israël. Voici comment est présenté son livre « Eurabia – L’axe euro-arabe » : « Depuis plus de trois décennies, l’Europe planifie avec les pays de la Ligue arabe la fusion des deux rives de la Méditerranée. Par le « Dialogue euro-arabe », elle a développé une structure d’alliances, et souvent d’allégeances, avec le monde arabe. Elle sacrifie son indépendance politique tout comme ses valeurs culturelles et spirituelles en échange de garanties (quelque peu illusoires) contre le terrorisme et d’avantages économiques que lui dispensent les pays arabes. Si ces derniers fournissent à l’Europe des hydrocarbures, s’ils lui offrent des marchés, ce n’est pas sans lui imposer des contreparties : ils exigent d’elle une ouverture sans cesse accrue à leur culture, à leur langue, à leur religion – l’islam -, à leurs émigrants, qu’ils veulent toujours plus nombreux. Ils arrachent aux pays d’accueil des conditions visant à maintenir ces émigrants dans leur culture d’origine au lieu de faciliter leur intégration. Enfin l’alliance euro-arabe se base sur une politique commune hostile à Israël et aux Etats-Unis. C’est une stratégie de subornation de l’Europe qui est ainsi mise en œuvre par les pays arabes, avec l’active complicité des instances dirigeantes européennes : la Commission européenne pilote un puissant dispositif financier servant cette politique ; elle a déployé une immense toile médiatique fabriquant le « politiquement correct eurabien » ; elle a enrégimenté les institutions scolaires et universitaires, et parfois même les Eglises, dans cette entreprise de dénaturation de l’identité européenne ».

Résumons cette thèse Eurabia : les pays arabes appliquent un plan secret d’islamisation de l’Europe et les élites européennes sont complices. Si ça n’est pas une théorie du complot, nous sommes le Pape ! Il est donc étonnant de constater que les médias si élogieux sur Fourest se taisent complètement sur ce concept Eurabia, clé de voute de sa « pensée ». Pourtant, une analyse rapide permet d’y retrouver tous les critères permettant de définir une théorie complotiste selon Hofstadter : 1. La conspiration dure depuis plusieurs décennies. 2. Allégeance à une puissance étrangère (le monde arabe). 3. L’Europe sacrifie ses valeurs. 4. Les Arabes imposent leur langue, leur religion et leurs valeurs. 5. L’axe euro-arabe est hostile à Israël et aux Etats-Unis. 6. Les dirigeants européens laissent faire ou sont complices. 7. Tout cela constitue une entreprise pour dénaturer l’identité européenne.

Le problème ne se limite pas à Fourest. Le site Conspiracy Watch est aussi érigé en « expert » du complotisme par certains médias, lesquels oublient de mentionner que Reichstadt y recopie les thèses les plus racistes des néocons US et israéliens.

Leur père spirituel, Pierre André Taguieff, est souvent présenté comme un penseur, grand théoricien du conspirationnisme. En réalité Taguieff a grossièrement contrefait la grille d’analyse de Richard Hofstadter, en la fusionnant au prêche islamophobe et belliqueux de Daniel Pipes et Bat Ye’or. De 2009 à 2013, Taguieff a publié ses nombreuses « analyses » sur le site dreuz.info. Ce site islamophobe d’extrême droite voit en Obama un « antisémite », qui nommerait un peu partout des « frères musulmans », ce qui serait normal vu son second prénom « Hussein » [25]. On voit le niveau, et ces gens-là nous donnent des leçons sur ce qu’est le complotisme !

Ainsi, Lévy, Fourest, Reichstadt, Guyet se sont instaurés en une véritable police de la pensée unique. Pour étouffer tout questionnement. A travers nous, ce qu’ils attaquent c’est en fait le droit de tous les citoyens de s’informer librement. Evidemment, quand on voit leurs méthodes de faussaires, on doit vraiment se demander pourquoi tant de médias les recopient complaisamment alors que ces accusations ne tiennent pas debout ? Dans quel intérêt ? Ceci nous amène à notre dernière question…

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  1. Les médias font-ils le jeu du complotisme ?

Cette question pourra sembler bizarre puisque les médias dominants ne cessent de mettre en garde contre le complotisme. Mais peut-être faut-il y regarder de plus près ? Certains journalistes aiment à se moquer du public qui serait porté à « croire n’importe quoi sur Internet » et à tomber dans le complotisme. Ce sentiment de supériorité me semble déplacé. Pour deux raisons.

Première raison : ces « grands journalistes » ne sont-ils pas eux-mêmes tombés dans de nombreuses théories du complot ?

– En Roumanie, en décembre 1989, ils annoncent un charnier de 4.632 victimes des émeutes, tués par balles ou éventrés à la baïonnette. « Horrible charnier des victimes des manifestations de dimanche », affirme Le Monde« Boucherie » titre Libération,« Chambres de torture où, systématiquement, on défigurait à l’acide les visages des dissidents et des leaders ouvriers », révèle El Pais« Ceaucescu, atteint de leucémie, aurait besoin de changer son sang tous les mois », explique le scientifique TF1. En fait, ce grand complot de Ceaucescu n’a jamais existé comme nous l’expliquions dès ces « révélations » et comme les grands médias ont dû le reconnaître deux semaines plus tard [26]. Le charnier était totalement bidon.

– En 1990, ces mêmes médias annoncent que Saddam Hussein dont les troupes ont envahi le Koweit a fait voler toutes les couveuses d’une maternité à Koweit-City, condamnant les bébés à une mort atroce. Bidon aussi.

– En 1999, ils justifient les bombardements de l’Otan contre la Yougoslavie par l’existence d’un « Plan Fer-à-Cheval » serbe pour vider le Kosovo de ses habitants albanais. Ce complot n’existait que dans l’imagination fertile des conseillers com du ministre allemand de la Guerre Rudolf Scharping.

– En 2003, l’invasion de l’Irak est justifiée par le fait que Saddam Hussein cacherait des armes de destruction massive (chimiques et biologiques) pouvant nous menacer. Bidon encore.

– En 2011, le bombardement de la Libye est justifié par le fait que Kadhafi prévoirait d’exterminer les populations résistantes et aurait déjà massacré six mille personnes en quelques jours. Bidon toujours.

Et on pourrait ajouter de nombreux autres exemples. Bref, ces grands médias donneurs de leçons sont tombés dans tous les pièges de la propagande de guerre des trente dernières années. Pire : ils ont censuré nos infos quand nous donnions l’alerte. Bref, on peut se demander qui doit prendre des leçons de vigilance.

Deuxième raison pour être moins arrogant : en continuant à défendre bec et ongles la version officielle sur les guerres, en refusant de critiquer leurs propres erreurs et en refusant tout débat public sur la fiabilité de l’info, les médias dominants ne créent-ils pas eux-mêmes ce réflexe de méfiance généralisée dont ils souffrent aujourd’hui ?

  • Quand les revues stratégiques des USA, ou d’autres puissances occidentales (Stratfor, Rand Corporation, Foreign Affairs, etc.) exposent une version totalement contraire à ce qu’on raconte à l’opinion publique, pourquoi les médias n’en parlent-ils pas ? Un seul exemple, Georges Friedman, directeur de Stratfor (proche du Pentagone) : « Les événements du début 2014 en Ukraine (furent) le coup d’Etat le plus flagrant de l’histoire. » «  Tout le Maïdan (…) Les USA ont ouvertement soutenu les mouvements pour les droits de l’homme, y compris financièrement (…) Les Russes n’ont pas compris ce qui se passait » « Les USA ne cherchent pas à « vaincre » la Serbie, l’Iran ou l’Irak, il leur faut y répandre le chaos, de façon à empêcher ces pays de devenir trop forts. »[27] Quand nous on écrit la moitié de ça, on se fait traiter de complotiste !
  • Quand Obama affirme lui-même : « Leleadership américainimplique de forcer la main des Etats qui ne font pas ce que nous voulons qu’ils fassent. (…)Les Etats-Unis comptent sur la force militaire et d’autres leviers pour atteindre leurs buts. (…) Nous sommes le plus grand, le plus puissant pays sur terre. Nous acceptons cette responsabilité. Mon administration est très agressive dans ses efforts pour essayer de résoudre les problèmes»[28], on aimerait que les médias nous expliquent si Obama est aussi un complotiste ?
  • Quand les emails d’Hillary Clinton confirment ce que nous disions dès le départ, à savoir que le but de Sarkozy était de faire main basse sur le pétrole et l’or libyens, on aimerait que les médias nous expliquent si Clinton est aussi une complotiste ?

Selon moi, ces deux raisons (tomber soi-même dans des théories du complot et refuser le débat) font que les médias dominants sont eux-mêmes responsables de la montée du sentiment complotiste. Les gens ont de bonnes raisons de se méfier, ils ont été tant de fois bernés, et tant d’innocents ont été tués à cause de ces médiamensonges ! On dira que les journalistes n’en sont pas eux-mêmes responsables, que cela provient de conseillers en com et en manipulations ? Sans doute, mais alors pourquoi ne pas lancer une grande enquête et un débat sur ces manipulations ? Ne faudrait-il pas mettre les gens en garde contre la propagande de guerre qui se répète à chaque fois ? Les traiter en adultes ?

En refusant de le faire, en continuant à informer comme si on nous disait toujours ou presque toujours la vérité, les médias poussent les gens à chercher l’explication ailleurs. Et vu qu’il n’y a malheureusement pas d’éducation aux médias dans les écoles, il est alors inévitable qu’une partie de ce public méfiant tombe dans les fantasmes répandus sur Internet.

Mais si les journalistes se méfiaient un peu plus, on n’aurait pas le coup des armes de destruction massive à chaque guerre. Bref, les médias ne sont pas innocents, ils sont les premiers responsables de ce qu’ils déplorent sans l’analyser sérieusement et sans se remettre en question. A mes yeux, le complotisme est l’enfant non reconnu des médias dominants.

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La seule profession qui ne fasse jamais d’erreurs ?

Lancer à tout bout de champ l’étiquette « complotiste » me paraît un aveu d’impuissance du journaliste qui craint d’engager un débat démocratique sur la façon dont l’info peut être manipulée d’en haut. Malheureusement, il semble qu’il soit interdit à certains journalistes d’avouer qu’ils se sont trompés ou ont été trompés. Comme si cette profession était la seule à ne jamais commettre d’erreurs.

En réalité, quel journaliste ne s’est jamais trompé ? Mais les autocritiques sont rarissimes. On ne peut pas risquer de faire baisser l’audimat et perdre des recettes publicitaires ? Il semblerait que les médias appliquent la recette négationniste de Manuel Valls refusant d’analyser les causes, c’est l’eurojihadisme « Expliquerc’est déjà un peu s’excuser »[29]. Pratique !

On ne débat pas ! Ainsi, quand l’hebdomadaire L’Express – Le Vif consacre un dossier au conspirationnisme, une « experte » en com, Aurore Vande Winkel, y recommande de ne jamais inviter les « complotistes » à l’écran. Même pour les réfuter car, « s’ils le faisaient, ils en « contamineraient » (sic) d’autres. Ce que les médias doivent faire, c’est donner la parole à des experts extrêmement pointus qui démonteront leurs arguments un par un. (…) Il faut prioritairement rétablir la confiance de la population dans les gouvernements et les médias »[30].Ici, n’est-ce pas le tiroir-caisse qui parle ? Et quel mépris pour les gens, supposés incapables de se faire leur opinion par eux-mêmes entre deux points de vue ! Mais, service public ou service privé, les gens vous paient pour les informer correctement, pas pour répéter les communiqués des autorités !

Le mépris, Henri Maler (Acrimed) le considère comme une défaillance grave des médias dominants : « Trop rares sont les enquêtes journalistiques qui (…) dans les grands médias, ne se bornent pas à dénoncer des « cerveaux malades » et tentent de répondre à des arguments réputés « conspirationnistes » en s’adressant à de vastes publics qui doutent. Les explications journalistiques, quand elles existent, sont diffusées par des médias dont l’audience reste limitée. Voir du conspirationnisme partout interdit aux journalistes de lui faire face quand il est avéré. » Et il propose une autre méthode : « À ces défaites du journalisme, un seul remède : un peu moins d’imprécations et un plus de journalisme ! »[31]

Le philosophe Laurent Paillard pense aussi qu’il faut absolument débattre sur les infos : « La critique des médias inspirée de la sociologie est le meilleur antidote à la théorie du complot. Elle montre en effet que l’absence de pluralisme est l’effet d’une logique de classe et pas le résultat d’un pacte secret. »[32]

Logique de classe ? Le manque d’objectivité des médias dominants et leur soumission à l’ordre établi nécessitent en effet des analyses sociologiques dont Herman et Chomsky ont brillamment montré l’exemple dans Manufacturing Consent (La Fabrication du Consentement) en 1988 [33]. Les contenus médiatiques sont influencés par quatre grands facteurs : propriété des médias (aux mains du 1%), publicité envahissante des multinationales (idem), liaisons entre pouvoirs économiques, politiques et médiatiques (idem), et enfin domination – consciente ou non – de l’idéologie dominante (aussi celle du 1%).

On ne développera pas ici cette analyse que nous avons menée ailleurs. Mais il convient de réfuter l’idée que tout le problème viendrait du manque de temps dont les journalistes disposent pour bien travailler. Certes, il y a la pression du « toujours plus vite ! », mais elle n’explique pas tout. Il faut distinguer deux catégories. On a d’un côté les journalistes (la grande majorité) à qui leur patron ne laisse pas le temps de bien travailler, vérifier, recouper, enquêter. Ceux-là, on ne peut que les plaindre : dans l’info-marchandise (c’est-à-dire l’info support de pub), il n’est pas « rentable » de pratiquer la rigueur qu’on leur avait enseignée dans (certaines) écoles de journalisme.

Mais de l’autre côté, on a aussi le journaliste qui fait ses choix politiques, consciemment, aux côtés du 1%, et qui se prend pour Dieu-je-sais-tout. Par exemple, sur Arte, voici comment Daniel Leconte a introduit une grande soirée censée démasquer les complotistes : « On croyait tout savoir. Eh bien, paraît-il qu’on avait tort.[34] « Tout savoir », c’est ça votre définition du bon journaliste ?! Mais n’est-ce pas exactement le contraire ? Chercher et creuser ce qu’il ne sait pas pour bien nous l’expliquer ? En fait, Leconte ne manque pas de temps, il manque de dignité.

Le même mépris du citoyen spectateur se retrouve chez Fourest. Voici comment en février 2013, elle présentait son émission « Les obsédés du complot » sur France 5 « Ils voient des complots partout et ont fait de la manipulation par les médias leur unique grille de lecture du monde et de l’actualité. Ce sont les « obsédés du complot », ces tribus d’internautes soumis à des mercenaires de la propagande passés maîtres dans l’art de désinformer pour radicaliser les identités et discréditer la démocratie en même temps que la presse. » Admirez les divers trucs…

  • Des « tribus d’internautes » : des sauvages au fond, mais heureusement, une anthropologue n’écoutant que son courage va nous délivrer !
  • Des « internautes soumis ». Incapables donc de réfléchir par eux-mêmes.
  • « Manipulés » par « des mercenaires ». Bien sûr, Fourest ne cite pas de noms ici pour éviter un procès qu’elle perdrait. Juste, elle insinue que les gens qui n’adorent pas la politique de Washington ou de Tel-Aviv sont forcément payés. Des traîtres, on vous dit.
  • Traîtres à quoi ? « A la démocratie ». Qui, comme chacun le sait, fonctionne admirablement, les citoyens étant tous enchantés qu’on écoute si bien leurs besoins.
  • Et traîtres aussi envers « la presse ». Qui, chacun le sait aussi, n’a cessé de dire la vérité sur toutes les guerres. Fourest se gardera bien de dire qui la paie pour répandre ses bobards.

Fourest ne travaille pas comme journaliste, mais comme lobbyiste. Elle ne cherche pas la vérité, mais le rôle de chien de garde. Alors, quand on nous balance cette étiquette « obsédés du complot », il faudra toujours se demander qui parle, quels sont ses antécédents, quels intérêts il ou elle défend. Il faudra toujours dépasser le jeu des étiquettes, vérifier les textes et analyser le fond des dossiers. Se faire son opinion par soi-même, ne croire personne sur parole.

Conclusion

Résumons notre analyse :

  1. Oui, les complots existent. Dans l’économie, dans la politique, dans les guerres.
  2. Mais ils ne constituent pas l’explication essentielle du fonctionnement de notre société. Le complotisme est une impasse qui empêche de comprendre.
  3. Les obsédés de la « théorie du complot » font ainsi diversion pour cacher leur absence d’arguments.
  4. Les médias, en refusant le débat sur leurs manquements, font le jeu du complotisme.

Investig’Action, par contre, travaille à proposer des explications qui ne soient pas simplistes, mais objectives. Prendre en compte la complexité des situations, en extraire les intérêts essentiels qui s’affrontent, éclairer les méthodes de désinformation qui cachent ces intérêts. Et exposer tout cela simplement dans un langage accessible à tous. Parce que la vérité est au service des gens.

Source : Investig’Action

 

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